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Comment développer le sentiment d’appartenance à votre coop?

18 juin 2018

Madame Coop en avait long à dire sur le sujet, manque de place, nous avons écourté sa réponse au courrier de ce lecteur fort inquiet dans le dernier numéro de la revue de juin 2018.

Voici l’intégralité de sa réponse…

 

 

 

Madame Coop,

 

Je ne sais pas ce qui se passe dans notre coopérative depuis quelque temps, mais j’ai l’impression que les membres ont moins de plaisir à être ensemble. Chacun fait sa petite affaire sans porter attention aux autres. Personne ne semble avoir d’ouverture aux opinions des autres, alors on est mal à l’aise de s’exprimer.

Personne de prend d’initiatives. Ça remonte à quand la dernière fois où j’ai vu un membre se proposer pour assumer des responsabilités. Ça remonte à loin la dernière fois où un membre nous a dit, « j’ai ces compétences-là, ça va me faire plaisir de mettre la main à la pâte! » On dirait que les membres n’ont plus à cœur leur coopérative, qu’ils ne sont plus fiers d’en faire partie.

La dernière fois que j’ai entendue une remarque positive sur notre coopérative, un membre disait que nos loyers n’étaient pas si chers et encore, c’était en réponse à un autre qui se plaignait de l’augmentation de loyer de 1% qui venait d’être votée. Celui qui se plaignait ne se sentait pas concerné : « vousdevriez couper sur telle dépense ». À aucun moment il n’a songé à proposer que « nouspourrions faire ensemble certains travaux pour économiser ».

Qu’est-ce qui nous arrive? Avez-vous des trucs pour que nous redevenions une coopérative dynamique?

Membre inquiet

 

Cher membre,
 
Je comprends votre désarroi, vous n’êtes pas la première coopérative à qui ça arrive! Sans connaître les causes propres à votre coopérative, selon les symptômes que vous décrivez, je dirais que vous êtes en panne de sentiment d’appartenance. Vous savez, ce sentiment qui fait que l’on se sente appartenir à un groupe, que l’on s’identifie à celui-ci, que l’on adopte ses valeurs, que l’on se sente solidaire des autres membres et qu’on ait envie d’être utile au groupe. Le sentiment d’appartenance se manifeste dans nos paroles inclusives (quand nous parlons en nous plutôt qu’en « vous autres » sur un ton accusateur), dans nos comportements d’ouverture aux autres et dans nos gestes qui démontrent notre engagement envers notre coopérative.
 
Le sentiment d’appartenance a parfois des hauts et des bas. Plusieurs éléments peuvent avoir une influence sur ces fluctuations. Il serait sage que les membres entreprennent une démarche de réflexion afin d’identifier les causes de cette baisse que vous constatez actuellement. Il vous sera alors plus facile de savoir s’il faut modifier, améliorer ou même innover.
Je ne suis pas une donneuse de trucs et je n’ai pas de formule magique pour régler votre problème. Cependant, des psychologues industriels ont cherché à comprendre ce qu’avaient en commun les entreprises performantes et ont découvert l’importance du sentiment d’appartenance dans leurs succès. En effet, ces entreprises ont su développer chez leurs employés un sentiment d’appartenance qui a comme retombé un engagement, une mobilisation et un rendement plus élevé.
Vous me direz sans doute qu’«on ne peut pas comparer la relation employeur/employé et une coopérative ». Détrompez-vous, votre coopérative est aussi une entreprise. Bien qu’elle n’ait ni employé ni employeur, elle a tout de même une instance décisionnelle, le conseil d’administration, qui gère l’entreprise. Ces chercheurs ont identifié des facteurs de gestions qui contribuent au développement du sentiment d’appartenance.
Le psychologue industriel Pierre Dubois identifie six facteurs de gestion universels responsables du développement du sentiment d’appartenance en entreprise.[1]Il est possible de faire le parallèle entre le monde de l’entreprise et la réalité de nos coopératives en regard de ces facteurs de gestion.
La perception de respect et de considération comme membre, locataire et personne, par le conseil, les responsables de comités, les voisins et les autres membres est un facteur incontournable. Il est impossible de développer un sentiment d’appartenance élevé et de mobiliser les membres s’ils ne se sentent pas considérés, respectés et valorisés par le conseil et par la coopérative. Exigeons que les membres s’expriment avec respect les uns envers les autres dans les assemblées, les réunions de conseil ou de comités, etc. Félicitons les bons coups et reconnaissons la contribution des membres.
Le deuxième facteur concerne la perception que l’entreprise accorde de l’importance à la qualité de ses produits et services. Offrir des logements de qualité, entretenir immeuble et terrain, traiter correctement les locataires, leur assurer la jouissance paisible des lieux et faire respecter les règlements sans discrimination ni favoritisme illustrent bien ce facteur. Effectuons des inspections annuelles, assurons-nous que les locataires entretiennent leurs logements et que les réparations relevant de la responsabilité de la coopérative soient effectuées pour garantir la pérennité de nos immeubles. Entretenons nos terrains et soyons fiers de nos milieux de vie.
Le troisième facteur consiste en une communication claire des attentes de la coopérative envers ses membres. Cela se traduit par des renseignements transmis aux nouveaux membres, par une description des rôles des administrateurs, une définition des rôles et mandat des comités… Les coopératives ont souvent un manque à cet égard alors que des membres se retrouvent sur un comité sans savoir ce qu’on attend d’eux. Prenons le temps de bien définir leurs rôles et mandats. Quant aux nouveaux membres, mettons en place une procédure d’accueil, élaborons un cahier de membre visant à leur faire connaître la structure, les règles et le fonctionnement de la coopérative, utilisons le jumelage avec un autre membre qui se rend disponible pour répondre à leurs questions, etc. La coopérative a la responsabilité de faciliter l’intégration de ses membres. Cependant, le développement du sentiment d’appartenance dépend aussi des efforts d’intégration du membre et de son attitude face aux autres et à la coopérative.
Le quatrième facteur serait, pour nos coopératives, de se soucier d’offrir aux membres, autant que faire se peut, des responsabilités correspondant à leurs intérêts, à leurs capacités, à leurs compétences… Pour se faire, il faut d’abord chercher à connaître nos membres et ce qu’ils ont à offrir. Soyons attentifs aux habiletés, aux compétences et aux connaissances des membres et invitons-les à partager leurs savoirs, nous avons à apprendre les uns des autres.
Le cinquième facteur serait d’informer les membres sur la mission, les enjeux, les tâches à effectuer, la situation financière, les besoins de la coopérative, etc. Le conseil d’administration doit être transparent, tout en respectant la confidentialité. Il doit donner une information exacte afin d’éviter les rumeurs et les commérages. Faisons circuler l’information du conseil vers les membres et des membres vers le conseil, consultons les membres et tenons compte de leurs besoins, de leurs opinions et suggestions. La communication est d’autant plus importante quand la coopérative traverse des périodes difficiles afin de rassurer les membres et de les mobiliser.
La perception que la coopérative gère bien ses ressources constitue un facteur de développement du sentiment d’appartenance. La coopérative d’habitation doit établir un budget réfléchi, le présenter aux membres et le respecter, elle doit faire un bon suivi des finances, des paiements de loyer, etc. Donnons-nous des politiques de gestion financière et un code de déontologie et respectons-les afin de gérer sainement nos coopératives.
Le sentiment d’appartenance à la coopérative est le résultat de la participation des membres aux décisions et de leur engagement dans les différentes instances de la coopérative (assemblée générale, conseil d’administration et comités). Le conseil d’administration doit exercer un leadership réellement démocratique. Il doit former une équipe solide et cohérente qui prend des décisions en collégialité et pour le bien de l’ensemble des membres. La coopérative doit viser à créer un climat où il fait bon vivre, un milieu de vie agréable. Elle doit revisiter à l’occasion sa mission, la mettre à jour quand nécessaire, afin que les membres y adhèrent. Pour créer un sentiment d’appartenance, la coopérative doit porter un projet collectif dans lequel les membres se reconnaissent. Un projet auquel ils adhèrent et qui favorise leur participation active.
Le sentiment d’appartenance favorise grandement l’engagement, la participation volontaire au bon fonctionnement de la coopérative.
Bon succès!
Madame Coop, Colette Paquet, conseillère à la vie associative et formation, FECHAQC.
[1]Dubois, Pierre (1996) Savoir développer le sentiment d’appartenance du personnel. Info ressources humaines, vol.18, no.5, avril/mai. Pages 20.

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